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Assurance emprunteur : la loi Lemoine et vos obligations

La loi Lemoine a ouvert le marché de l'assurance de prêt et, dans le même mouvement, alourdi ce que le courtier doit dire, écrire et prouver. Résiliation à tout moment, questionnaire de santé, droit à l'oubli : voici l'état du cadre et les points sur lesquels les dossiers pèchent.

Publié le 28 juillet 2026 · VALORIALE FORMATION — organisme certifié Qualiopi

L'essentiel en 30 secondes. La loi n° 2022-270 du 28 février 2022, dite loi Lemoine, a introduit trois changements majeurs en assurance emprunteur : la résiliation-substitution à tout moment, la suppression du questionnaire de santé sous conditions de montant et d'âge, et le droit à l'oubli ramené à cinq ans. Pour le courtier, elle ouvre un marché — et alourdit le devoir d'information.

La résiliation à tout moment

L'emprunteur peut résilier son contrat d'assurance de prêt à tout moment, sans frais ni pénalité, dès lors qu'il présente un contrat de substitution présentant une équivalence de garanties. Le régime, entré en application en 2022, vaut aussi bien pour les nouveaux prêts que pour les contrats en cours.

Deux points structurent la pratique :

  • l'équivalence de garanties s'apprécie au regard des critères retenus par le prêteur, choisis dans la liste établie par le Comité consultatif du secteur financier — le prêteur ne peut pas déplacer ses exigences en cours de route ;
  • le prêteur doit répondre dans les dix jours ouvrés à la demande de substitution, et tout refus doit être motivé, de façon exhaustive, en visant précisément les garanties jugées non équivalentes.
C'est le point sur lequel un courtier apporte le plus de valeur : un refus non motivé, ou motivé par un critère qui ne figurait pas dans les exigences initiales du prêteur, est contestable. Encore faut-il avoir conservé la fiche standardisée d'information et la liste des critères exigés à l'origine.

La suppression du questionnaire de santé

Aucune information relative à l'état de santé ni aucun examen médical ne peut être exigé lorsque deux conditions cumulatives sont réunies :

  • la part assurée sur l'ensemble des encours de crédit de l'emprunteur n'excède pas 200 000 € — soit, pour un couple assuré à 50 % chacun, un prêt pouvant atteindre 400 000 € ;
  • l'échéance de remboursement du crédit intervient avant le soixantième anniversaire de l'assuré.

Le dispositif concerne les crédits immobiliers à usage d'habitation ou à usage mixte. Le seuil s'apprécie sur l'ensemble des encours : un emprunteur qui a déjà un prêt en cours peut en sortir sans le savoir — c'est une question à poser systématiquement en entretien, et à consigner.

Le droit à l'oubli

Le délai au terme duquel une pathologie cancéreuse ou une hépatite virale C n'a plus à être déclarée a été ramené à cinq ans après la fin du protocole thérapeutique, en l'absence de rechute. Au-delà de ce droit à l'oubli, la convention AERAS continue de jouer son rôle pour les risques aggravés de santé, avec sa grille de référence, ses paliers d'examen et son mécanisme d'écrêtement des surprimes.

Un réflexe simple : avant toute déclaration, vérifier la date de fin de protocole et la grille AERAS. Beaucoup d'assurés déclarent encore des antécédents qu'ils n'ont plus à déclarer — et paient une surprime injustifiée.

L'information annuelle : une obligation à ne pas manquer

L'assureur doit informer chaque année l'assuré de son droit de résiliation, des modalités pour l'exercer et du délai applicable. Cette information est l'occasion, pour un courtier, de reprendre contact et de réexaminer la situation — et son absence est, pour l'assuré, un argument.

Par ailleurs, la loi a renforcé la transparence du coût : le coût de l'assurance doit être exprimé sur une durée de référence de huit ans, ce qui permet enfin des comparaisons lisibles entre offres.

Ce que cela change pour votre devoir de conseil

1
Vérifier l'éligibilité à la dispense de questionnaire

Encours cumulés et âge à l'échéance : la vérification se fait à l'entrée et se consigne. Une erreur ici a des conséquences directes sur la garantie.

2
Documenter l'équivalence de garanties

Conserver la liste des critères exigés par le prêteur et la comparaison ligne à ligne. C'est la pièce qui fait gagner un litige.

3
Expliquer les quotités

Assurer à 100 % chacun ou à 50/50 ne se décide pas au tarif. La conséquence en cas de sinistre doit être expliquée et écrite.

4
Ne pas passer sous silence les exclusions

Affections dorsales et psychiques, professions ou sports à risque : ces exclusions font l'essentiel du contentieux. Elles se signalent explicitement.

5
Traiter le risque aggravé plutôt que de l'éviter

Droit à l'oubli, grille AERAS, écrêtement : orienter un client vers le bon dispositif fait partie du conseil.

6
Formaliser la recommandation

Comme pour tout contrat : exigences et besoins, solutions examinées, motivation du choix retenu. Voir notre analyse sur le devoir de conseil.

Un marché ouvert, une responsabilité accrue

La substitution est devenue simple pour l'emprunteur ; elle ne l'est pas pour le professionnel. Faire changer un client d'assurance en dégradant sans le dire une garantie — même à prix inférieur — est précisément le type de dossier qui se retourne dix ans plus tard, au moment du sinistre. La bonne pratique tient en une phrase : écrire ce qui est gagné, écrire ce qui est perdu, et faire dater.

Se former sur le sujet

L'assurance emprunteur fait l'objet d'un parcours dédié dans notre offre, et le sujet est traité dans nos formations continues IAS / DDA et IOBSP / DCI — il relève des deux univers, ce qui en fait un thème naturellement croisé.

Sources officielles

Cet article est une note de veille à vocation pédagogique. Il ne constitue pas une consultation juridique et ne dispense pas de se reporter aux textes en vigueur.

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