Protection de la clientèle

Devoir de conseil : ce qu'un contrôle ACPR regarde

Dans la quasi-totalité des dossiers que nous auditons, le conseil a bien été donné. Ce qui manque, c'est la preuve. Un contrôle ne juge pas votre intention : il ouvre six ou sept dossiers au hasard et regarde ce qu'ils contiennent. Voici exactement ce qu'ils doivent contenir.

Publié le 28 juillet 2026 · VALORIALE FORMATION — organisme certifié Qualiopi

L'essentiel en 30 secondes. En assurance, l'article L. 521-4 du code des assurances impose de recueillir les exigences et besoins du client et de motiver le conseil délivré. En crédit, les articles L. 519-6 et R. 519-28 et suivants du code monétaire et financier imposent information, conseil et, le cas échéant, mise en garde. Dans les deux cas, un contrôle ne juge pas votre intention : il ouvre des dossiers et regarde ce qu'ils contiennent.

Ce qu'un contrôle fait, concrètement

Un contrôle sur place ne commence pas par vos procédures : il commence par un échantillon de dossiers. Six, dix, parfois davantage, choisis pour couvrir vos différents produits et vos différents canaux. Pour chacun, la question est toujours la même : peut-on reconstituer, à partir des seules pièces, pourquoi ce client s'est retrouvé avec ce contrat ?

C'est un exercice redoutablement simple. Si la réponse tient à ce que vous vous rappelez de l'entretien, le dossier est en défaut. Si elle tient aux pièces, il est tenable.

Les six pièces d'un dossier tenable

1
Le document d'entrée en relation

Identité et statut du cabinet, numéro ORIAS, autorité de contrôle, nature de la rémunération, liens capitalistiques éventuels, procédure de réclamation et coordonnées du médiateur. Remis avant la souscription, et daté.

2
Le recueil des exigences et besoins

Situation du client, ce qu'il veut couvrir, ce qu'il possède déjà, ses contraintes budgétaires. Rempli avec lui, pas reconstitué après coup.

3
La trace de l'analyse

Les solutions examinées et pourquoi les autres ont été écartées. C'est la pièce la plus rare, et la plus décisive.

4
Le conseil motivé

Une recommandation nominative, reliée explicitement aux besoins exprimés : « compte tenu de X et de Y, je vous recommande Z parce que… ». Signée ou accusée réception.

5
Les documents d'information produit

Document d'information normalisé pour le non-vie, notice ou document d'informations clés selon le produit, conditions générales — avec la preuve de leur remise préalable.

6
La mise en garde, quand elle s'impose

Écart entre le besoin et la solution retenue, exclusion importante, endettement, produit inadapté à l'horizon du client : la mise en garde se formalise, se date et se conserve.

Les formulations qui ne protègent personne

  • « Le client déclare avoir reçu toutes les informations utiles. » Une clause de style pré-imprimée n'établit ni le contenu du conseil, ni sa pertinence.
  • « Le client a refusé de communiquer ses informations. » Possible — mais il faut alors avoir écrit ce qui a été demandé, ce qui a été refusé, et en avoir tiré les conséquences sur le conseil.
  • Un recueil de besoins entièrement pré-coché à l'identique sur tous les dossiers : c'est le signal le plus sûr qu'aucun recueil n'a réellement eu lieu.
  • Le devis qui tient lieu de conseil. Un tarif n'est pas une recommandation motivée.

Le cas du crédit : l'information, le conseil et la mise en garde

Pour un IOBSP, le dossier doit permettre de distinguer trois obligations souvent confondues. L'information est due à tous et porte sur le statut, le service, la rémunération et les caractéristiques des offres. Le conseil suppose une analyse d'un nombre suffisant de contrats et une recommandation adaptée à la situation. La mise en garde intervient lorsque l'opération présente un risque d'inadaptation au regard des capacités financières de l'emprunteur — et c'est elle que l'on ne retrouve presque jamais par écrit.

La réforme du crédit à la consommation applicable au 20 novembre 2026 ne fait que renforcer cette exigence : l'évaluation de la solvabilité doit reposer sur des informations vérifiées, et la mise en garde qui en découle doit être traçable.

Conserver : combien de temps, et sous quelle forme

La règle prudente est de caler la conservation sur la durée de la prescription applicable à la responsabilité du cabinet, soit cinq ans au minimum après la fin de la relation — davantage pour les produits de long terme comme l'assurance vie ou l'assurance emprunteur, dont les effets se prolongent bien au-delà. La forme importe peu (papier ou numérique) tant que la pièce est datée, attribuable et intègre.

Un test utile : prenez un dossier clos il y a trois ans et demandez-vous si vous pourriez, aujourd'hui, expliquer votre recommandation à un juge sans autre support que le dossier. C'est exactement la situation dans laquelle vous serez.

Réclamations et médiation : le prolongement du devoir de conseil

Un dispositif de traitement des réclamations doit exister, être porté à la connaissance du client et respecter des délais d'accusé de réception et de réponse. Les réclamations doivent être enregistrées et suivies — leur analyse fait d'ailleurs partie de ce qu'un contrôle regarde, parce qu'elle révèle les points faibles d'un processus de conseil. Les coordonnées du médiateur compétent doivent figurer dans vos documents.

Mettre son cabinet à niveau

C'est le cœur de notre audit de conformité : nous ouvrons vos dossiers comme le ferait un contrôleur, nous identifions les pièces manquantes, et nous repartons avec vous des trames elles-mêmes — recueil, conseil motivé, mise en garde. Le sujet est également traité dans nos formations continues IAS / DDA et IOBSP / DCI.

Sources officielles

Cet article est une note de veille à vocation pédagogique. Il ne constitue pas une consultation juridique et ne dispense pas de se reporter aux textes en vigueur.

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