Conformité · LCB-FT

LCB-FT : les obligations d'un cabinet de courtage

C'est le premier sujet sur lequel un contrôle ACPR s'arrête, et celui pour lequel les cabinets sont le moins outillés. Voici ce qu'il faut avoir : une classification écrite, des procédures qui tiennent en quelques pages, des dossiers vivants, et un réflexe de déclaration qui ne dépend pas de l'humeur du jour.

Publié le 28 juillet 2026 · VALORIALE FORMATION — organisme certifié Qualiopi

L'essentiel en 30 secondes. Les obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme figurent aux articles L. 561-1 et suivants du code monétaire et financier. Elles reposent sur quatre piliers : une classification des risques écrite, des mesures de vigilance proportionnées, le gel des avoirs, et la déclaration de soupçon à TRACFIN. Le tout adossé à des procédures, une formation du personnel et une conservation des pièces pendant cinq ans.

Qui est assujetti ?

Sont notamment assujettis les intermédiaires en assurance, sauf ceux qui agissent sous l'entière responsabilité d'une entreprise d'assurance, ainsi que les intermédiaires en opérations de banque et en services de paiement. En pratique, un courtier qui distribue de l'assurance vie ou de la capitalisation est en première ligne ; un cabinet qui ne fait que du dommage a des obligations plus légères, mais il en a.

La bonne question n'est donc pas « suis-je concerné ? » mais « jusqu'où le suis-je, et où est-ce écrit ? ». Ce raisonnement doit figurer noir sur blanc dans votre classification.

Pilier 1 — La classification des risques

C'est le document fondateur, et celui qui manque le plus souvent. Il s'agit d'évaluer, par écrit, les risques auxquels le cabinet est exposé, en croisant quatre familles :

  • le client : personne physique ou morale, structure de détention, personne politiquement exposée, secteur d'activité, origine des fonds ;
  • le produit : un contrat d'assurance vie à versements libres et rachetable n'expose pas au même risque qu'une garantie décennale ;
  • le canal : entrée en relation à distance, sans contact physique, via un apporteur ou une plateforme ;
  • la géographie : résidence, nationalité, localisation des flux, pays sous surveillance renforcée.

De ce croisement découle un niveau de vigilance — allégée, standard ou renforcée — qui doit ensuite se retrouver dans les dossiers. Une classification qui existe mais qui n'irrigue aucun dossier ne protège personne.

Pilier 2 — Les mesures de vigilance

Avant l'entrée en relation

Identifier le client et vérifier son identité sur pièce probante, identifier le bénéficiaire effectif lorsqu'il s'agit d'une personne morale, et recueillir les éléments de connaissance de la relation d'affaires : objet, nature, origine des fonds, situation professionnelle et patrimoniale à proportion du risque.

Pendant toute la relation

La vigilance est constante : les informations se mettent à jour, les opérations atypiques se questionnent, et l'examen renforcé s'impose pour toute opération particulièrement complexe, d'un montant inhabituellement élevé ou sans justification économique apparente. Cet examen doit être consigné par écrit.

Les cas de vigilance renforcée

Personnes politiquement exposées, relations d'affaires nouées à distance, pays tiers à haut risque : la vigilance renforcée n'est pas une option de confort, elle est déclenchée par des critères objectifs. Elle suppose des mesures supplémentaires — validation par un niveau hiérarchique, justification de l'origine du patrimoine, suivi rapproché.

Pilier 3 — Le gel des avoirs

Distinct de la LCB-FT au sens strict, c'est une obligation à effet immédiat : avant toute entrée en relation et de façon continue ensuite, il faut s'assurer que le client ne figure pas sur les listes de personnes et entités faisant l'objet d'une mesure de gel. La mise en œuvre doit être sans délai, et la consultation doit être traçable — la capture d'écran datée reste la preuve la plus simple.

Le registre national des gels est publié par la Direction générale du Trésor et se consulte gratuitement.

Pilier 4 — La déclaration de soupçon

Lorsqu'il existe un soupçon que les sommes ou opérations proviennent d'une infraction punie de plus d'un an d'emprisonnement, participent au financement du terrorisme ou relèvent d'une fraude fiscale, une déclaration de soupçon doit être adressée à TRACFIN — en principe avant l'exécution de l'opération. Elle se fait par voie dématérialisée sur le téléservice ERMES.

La règle qu'on oublie le plus. Il est interdit d'informer le client — ou un tiers — de l'existence d'une déclaration ou des suites qui lui sont données. Cette interdiction de divulgation n'a pas d'exception de politesse : on ne « prévient » pas, on ne « laisse pas entendre », on ne justifie pas un retard par la déclaration.

Le déclarant et son correspondant TRACFIN doivent être désignés nominativement et leurs coordonnées communiquées. Dans un cabinet à taille humaine, c'est souvent le dirigeant — encore faut-il que ce soit formalisé.

Le socle qui tient le tout

  • Des procédures internes écrites, proportionnées à la taille du cabinet : quelques pages lisibles valent mieux qu'un classeur jamais ouvert.
  • La formation et l'information régulières du personnel — imputable, par ailleurs, sur vos heures DDA ou DCI.
  • Un contrôle interne : quelqu'un vérifie périodiquement que les dossiers contiennent ce qu'ils doivent contenir, et le note.
  • La conservation des documents et des pièces d'identification pendant cinq ans à compter de la fin de la relation d'affaires ou de l'exécution de l'opération.

Les cinq manques que nous relevons le plus en audit

1
Pas de classification écrite

Ou une classification téléchargée telle quelle, sans lien avec l'activité réelle du cabinet.

2
Le bénéficiaire effectif non identifié

Sur les personnes morales, la chaîne de détention n'est ni recherchée ni conservée.

3
Aucune trace de la consultation du gel des avoirs

La vérification a peut-être eu lieu ; rien ne permet de le démontrer.

4
L'examen renforcé non consigné

Une opération atypique a été discutée en interne, mais aucun écrit n'en garde la trace ni la conclusion.

5
Le déclarant TRACFIN non désigné

Personne ne sait qui déclare, ni comment, ni avec quels identifiants ERMES.

Comment nous traitons le sujet

La LCB-FT est un chapitre à part entière de nos formations continues IAS / DDA et IOBSP / DCI, et un axe majeur de notre audit de conformité : nous repartons de votre classification, nous ouvrons des dossiers réels, et nous vous laissons un plan d'action daté. C'est aussi un thème qui peut, lorsqu'il couvre les deux univers, s'imputer à la fois sur la DDA et sur la DCI.

Sources officielles

Cet article est une note de veille à vocation pédagogique. Il ne constitue pas une consultation juridique et ne dispense pas de se reporter aux textes en vigueur.

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